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Le cerveau humain : future cible des hackers

A l’aide de périphériques utilisant la technologie "off-the-shelf", qui permet de suivre l’activité du cerveau, une équipe de scientifiques a démontré qu’il était possible de voler des mots de passe ainsi que d’autres informations personnelles.

Des chercheurs de l’université d’Oxford, de l’université de Genève et de l’université de Californie à Berkeley ont soulevé la possibilité d’un piratage du cerveau grâce à un logiciel conçu pour fonctionner avec le neurocasque EPOC d’Emotiv Systems. Partant du principe que les développeurs produiront de plus en plus de logiciels et de périphériques répondant aux signaux émis - via Bluetooth - à partir d’interfaces cérébrales (BCI) et que des pirates s’intéresseraient très certainement à ces terminaux, les chercheurs ont tenté de prouver la possibilité du piratage de tels dispositifs. "Le risque de sécurité lié à l’utilisation de dispositifs BCI n’a jamais été étudié et l’impact des logiciels malveillants pouvant accéder au périphérique est inexploré", ont indiqué les chercheurs dans un article présenté en juillet lors de la conférence Usenix. ’Nous prenons donc l’initiative d’étudier les dangers concernant ces dispositifs et cherchons à démontrer que cette technologie amenée à se développer pourrait se retourner contre les utilisateurs et révéler des informations privées et secrètes".

Des résultats positifs lors des expériences

Après expérimentation, les chercheurs ont ainsi constaté que le logiciel conçu pour lire les signaux en provenance de l’EPOC avaient considérablement amélioré les chances de trouver les numéros d’identification personnels (NIP) des cobayes, mais aussi d’identifier précisément des personnes connues par ces derniers ou encore de révéler leur date de naissance ou le nom de leur banque. Le dispositif d’Emotiv, utilisé principalement dans le domaine des jeux vidéos, utilise des capteurs pour enregistrer l’activité électrique le long du cuir chevelu. Les chercheurs se sont ainsi servis du périphérique pour détecter les signaux électriques en provenances du cerveau lorsque les cobayes voient quelque chose qu’ils reconnaissent. Le suivi de cette fluctuation leur a permis de recueillir des informations en faisant défiler sur écran une série d’images. Lors de l’expérience "PIN", les sujets ont ainsi choisi un nombre à quatre chiffres, puis ont regardé les chiffres de zéro à neuf présentés un à un sur un écran d’ordinateur une dizaine de fois. En général, la capacité des scientifiques à deviner correctement les codes des personnes testées a augmenté de 20 à 30%, contre 10% de chance seulement sans le dispositif mis en place. La seule exception en règle s’est déroulée lors de l’expérience portant sur la date de naissance. Le taux aurait alors augmenté de plus de 60%.

La nécessité de commencer à se protéger dès aujourd’hui

Malgré quelques résultats concluants, les scientifiques ont jugé que la fiabilité globale des résultats n’était pas assez concluante pour une attaque ciblée sur quelques individus. " Avec le matériel que nous avons utilisé, il n’est pas possible d’être sûr que ce que vous avez trouvé est la vraie réponse". Pourtant, avec le développement de cette technologie et les progrès constants en informatique, l’équipe souligne l’importance de se pencher dès à présent sur le problème. Si aujourd’hui la base d’utilisateurs d’appareils BCI est trop faible pour que des pirates décident de lancer une vague d’attaques à grande échelle et s’ils ne maîtrisent pas encore assez bien le concept, ces constatations sont en effet amenées à changer.

Un risque de sécurité pourrait se produire dans l’avenir, si de tels dispositifs devenaient la norme pour interagir avec des ordinateurs et que des magasins en ligne étaient créés pour vendre des centaines de milliers d’applications. Selon les chercheurs, pour minimiser les risques, les fabricants d’appareils devraient donc commencer à concevoir des mécanismes de sécurité afin de prendre une précieuse longueur d’avance sur les pirates de demain.

Source : lemondeinformatique.fr