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TIC et monde militaire : Des élèves officiers d’actives à l’école des nouveaux médias

Les élèves officiers d’actives de la 13e promotion de l’Académie militaire Georges Namoano de Pô s’imprègnent des opportunités et des menaces des nouveaux médias. Ce, dans le cadre des cycles de conférences organisés par cette école. La journée du 03 juin 2014 était consacrée aux Technologies de l’information et de la communication. Dans ce sens, l’équipe d’encadrement a fait appel à deux conférenciers civils pour développer le thème : Dr Cyriaque Paré, communicologue au CNRST et promoteur du portail Lefaso.net et Younoussa Sanfo, expert en sécurité informatique, directeur général d’Intrapole.

Ces conférences s’inscrivent dans le cadre de la formation des élèves officiers d’actives. « Ils ont la formation militaire, mais également il leur faut une culture générale, une formation académique », estime le Colonel Yves Thiombiano, commandant de l’Académie militaire Georges Namoano (AMGN). Contrairement à la 12e promotion qui a suivi ces conférences sur place à l’Académie, cette année, c’est la salle de conférence du mess des sous-officiers de Ouagadougou qui abrite les activités. Rien d’anormal pourtant. « Dans le cursus de formation des élèves officiers d’actives de l’AMGN, nous avons des séjours à Po, et des séjours extra-muros c’est-à-dire à Bobo, à Ouaga, nous allons au Sahel, nous allons à Fada pour voir les blindés, bref, nous faisons le tour du Burkina au cours de la formation », précise le Colonel Thiombiano.

Les médias sociaux constituent un sujet actuel qui a des avantages mais aussi des inconvénients, surtout pour le monde militaire. La sensibilisation de ces futurs officiers sur le phénomène était donc nécessaire. « Il y a des pratiques qu’ils avaient sur les médias sociaux. Eux-mêmes, ils ont compris le danger de ces pratiques, c’est déjà quelque chose de gagner », se réjouit le commandant de l’académie.

Utiliser les médias sociaux avec prudence, surtout quand on est militaire
A travers le thème « les médias sociaux : opportunités et menaces pour la défense nationale », Dr Cyriaque Paré a d’abord fait un tour d’horizon des médias sociaux et leurs usages, avant de se pencher sur le cas spécifique de l’usage de ces outils par le militaire. Facebook, Twitter, Google+, LinkedIn, Youtube…, ces différents réseaux sociaux présentent d’énormes opportunités. Mais, pour un corps qui requiert de la réserve et de la prudence, il y a lieu d’être prudent dans l’utilisation de ces médias, a-t-il souligné. Car, un usage immodéré de ces moyens de communication pourrait porter des menaces sérieuses sur la sécurité du militaire, et même de tout un Etat. Et les futurs officiers semblent l’avoir bien compris. « Nous avons noté qu’il faut faire très attention à ce qu’on publie, à ce qu’on fait, à ce qu’on dit, surtout sur les photos qu’on publie sur Facebook. Dorénavant, nous allons beaucoup miser sur la sécurité pour éviter de nous compromettre nous-mêmes », soutient l’élève officier d’actives, Mariam Diane Ouédraogo. Son camarade, Elysée Tassembédo abonde dans le même sens : « Désormais sur Facebook, je vais essayer de m’assurer que ceux avec qui je communique sont vraiment mes amis, de ne pas publier n’importe quelle information, de m’assurer de la destination et de prendre le soin de bien voir les images et les données que je publie s’il n’y a vraiment pas de danger avant de le faire ».

Avoir une politique de sécurité informatique

Dans l’après-midi, il revenait à l’expert en sécurité informatique, Younoussa Sanfo, de présenter deux communications : « Cybersécurité, cybercriminalité : Réalités en Afrique » et « L’insécurité engendrée par le BYOD (Bring your own device) dans les milieux sensibles ». Ces deux communications se veulent complémentaires de celle animée par Dr Paré. Mais, l’expert en sécurité informatique a élargi son sujet aux téléphones portables. « Dans des environnements sensibles où on utilise les téléphones, les réseaux, l’ordinateur, Internet, chacun doit jouer son rôle. L’institution doit se protéger, avoir des stratégies de sécurité, des politiques de sécurité, des dispositifs de sécurité, mais tous les participants, les utilisateurs, les responsables doivent avoir aussi le comportement adéquat parce que 70% des problèmes de sécurité viennent du comportement humain », soutient-il. Il invite donc chacun à se poser des questions avant de donner des informations concernant sa vie privée, son identité ou son institution car « l’ami sur Internet reste un ami virtuel ».

Pour convaincre davantage son auditoire, M Sanfo a fait des démonstrations pratiques. D’abord, il a montré que même avec un téléphone éteint on pouvait quand même continuer à être écouté. Aussi, a-t-il montré qu’à partir de recherche sur Internet, on peut aller très loin jusqu’à trouver des informations confidentielles concernant un militaire gradé. « Et tout ça, c’est parce que des comportements ou des façons de faire, normalement déconseillées, ont été faites », regrette-t-il. C’est pourquoi, « avant même de penser au pirate qui est capable de…, il faut qu’on pense à ce que nous, on peut permettre par notre comportement », conseille-t-il.

Des démonstrations qui font peur

Ces démonstrations ont créé beaucoup d’inquiétudes dans la salle. Certains se demandant même si l’expert en sécurité n’est pas aussi dangereux que le pirate. « Si les gens ont peur, je suis désolé, car mon but n’est pas de faire peur, mais de sensibiliser. J’ai juste alerté les gens sur les comportements qu’ils doivent avoir », assure M Sanfo.

Et les futurs sous-officiers semblent avoir compris le message. « On a constaté que nous sommes dans un monde d’insécurité. Nous allons sur les réseaux sociaux, nous nous exposons, nous exposons nos vies privées, notre vie professionnelle sans s’en rendre compte. Mais, je pense qu’après cette conférence et avec les recommandations et surtout les conseils qui ont été prodigués, dorénavant, lorsque nous allons aller sur la toile, on saura comment naviguer en toute sécurité », affirme l’élève officier d’actives, Alex Guigui. C’est certainement pour éviter tout dérapage que certains pays (la Chine) interdisent l’usage des réseaux sociaux aux militaires. Mais, au Burkina, jusque-là, la question n’est pas encore tranchée.

De ce fait, l’Académie militaire Georges Namoano semble avoir une longueur d’avance car les 12e et 13e promotions ont été sensibilisées sur la question.

La 13e promotion des élèves officiers de l’AMGN comptent 43 stagiaires venant de 11 pays (Benin, Côte d’Ivoire, Centrafrique, Gabon, Guinée, Mali, Niger, Sénégal, Tchad, Togo et Burkina Faso) dont 26 burkinabè. L’âge moyen est de 25 ans et le niveau d’études minimum est la licence. Les domaines de formation sont très variés. Certains ont fait les langues (Anglais, Allemand, lettres modernes), d’autres les sciences sociales (droit, sociologie, histoire, géographie). Il y a aussi des mathématiciens, des physiciens. D’autres encore ont fait l’économie, la communication, le génie civil, la logistique… Cette 13e promotion compte trois filles.

Moussa Diallo