Intrapole
VOUS  TES ICI : Accueil » Alertes Sécurité »

L’antivirus gratuit de Microsoft fait-il peur à ses concurrents ?

Sécurité - Après l’échec de OneCare, Microsoft revient dans la sécurité avec un antivirus gratuit : Microsoft Security Essentials. ZDNet.fr a recueilli les réactions des spécialistes du secteur Symantec, McAfee, Trend Micro, Kaspersky, Eset NOD32. A la fois réservées et sarcastiques...

Laurent Heslault, directeur technique EMEA de Symantec

Symantec combine réserve et ironie. Il est vrai que OneCare n’a pas réellement laissé un bon souvenir. En outre, selon l’éditeur, le logiciel de Microsoft n’apporte aucune réelle innovation - innovation qui constituerait une réponse adaptée à l’évolution de la menace sur Internet.
« Toujours beaucoup de respect et d’intérêt par rapport à ce que font nos concurrents, en particulier quand il s’agit de Microsoft. Sincèrement, nous attendons de voir la réaction du marché. On nous a fait le même cinéma avec OneCare pour finalement un flop assez considérable.

Une question me taraude toujours : pourquoi gratuit ? Le côté philanthropique de Microsoft m’avait échappé jusqu’à présent. Si c’est un bon produit et s’il protège véritablement, pourquoi le proposer gratuitement ? D’habitude, ils font plutôt payer les bêta.

Le nombre de variantes de programmes malveillants a explosé depuis 2006, et est passé de 100 000 à probablement 3 millions cette année. Il faut casser ce modèle. Et je n’ai pas l’impression que l’outil de Microsoft aille dans le sens de l’innovation par rapport à la recherche de nouvelles techniques permettant de freiner cette prolifération.

Donc globalement nous attendons de voir. Chez Symantec, on a déjà vu plusieurs fois Microsoft, notamment avec OneCare, tenté des incursions. En termes de technologie et de niveau de protection, nous ne nous sentons pas trop menacés. Après, il ne faudrait pas que l’internaute se sente en sécurité avec l’antivirus gratuit, alors qu’il l’est peut-être moins. »

Philippe Bodemer, directeur général France de Kaspsersky Lab

Du côté de Kaspersky, on tient dans un premier temps à insister sur la complémentarité entre les solutions et un partenariat avec Microsoft, annoncé lors des Assises de la sécurité mais très flou pour le moment.
« Nous sommes très contents de ce lancement. Tout ce qui apporte plus de sécurité, même s’il s’agit de Microsoft, va dans la bonne direction. Qu’il y ait une brique essentielle offerte par Microsoft ne remet pas en cause notre expertise. Au contraire, nous sommes là pour ajouter ce qui va manquer pour passer à un niveau de sécurité supérieur.

En outre, nous sommes désormais au niveau Platinium avec Microsoft. Nous avons donc un accord international de partenariat pour travailler en commun sur les offres Microsoft et Kaspersky, chacune gardant son identité. Il s’agit de faire travailler nos commerciaux de manière commune. »

Mais derrière la confiance affichée par Kaspsersky transparaît aussi la critique, à l’égard notamment de la performance de l’application de Microsoft. La réponse par la gratuité n’est pas une solution envisageable pour l’éditeur russe.

« C’est très bien qu’une société comme Microsoft fasse des efforts. Mais selon nous, cela ne suffit pas. On ne peut pas être juge et partie. Ce qui est important, c’est qu’une autre société soit aux côtés de Microsoft pour garantir l’utilisateur que tout va bien sur sa machine.

Si vous prenez un avion, vous préférez sans doute être garanti par un organisme extérieur que cet avion va bien, plutôt que par la compagnie qui l’exploite. De la même manière en informatique, la garantie est apportée par un acteur indépendant de celui qui fait le système d’exploitation. C’est complémentaire, et non pas concurrent. »

Thierry Bedos, directeur général France de McAfee

McAfee pointe également du doigt des faiblesses dans l’antivirus de Microsoft. Selon le spécialiste américain de la sécurité, Microsoft n’offre qu’une protection partielle face aux risques.
« En général, un produit gratuit offre moins de fonctionnalités et donc moins de sécurité. Microsoft Security Essentials ne protège pas les internautes contre toutes les menaces existantes sur la Toile. Avec les nouveaux usage liés à Internet (réseaux sociaux, micro-blogging, les portails communautaires, le développement du e-commerce, etc.), les cybercriminels ont encore plus d’occasions de nuire, de voler des données personnelles et de développer de nouveaux programmes malveillants.

Le nombre de menaces augmente et les attaques deviennent de plus en plus sophistiquées. Il est donc essentiel pour les internautes de bénéficier d’une protection complète et efficace. Cette initiative de Microsoft est plutôt à considérer comme la preuve qu’ils ont baissé les bras sur le terrain de la sécurité. Ne pouvant proposer une plate-forme payante de qualité, ils ont été contraints d’opter pour une solution entrée de gamme gratuite.

Avec une équipe de 350 chercheurs répartis dans 27 pays, McAfee bénéficie d’une capacité de veille unique sur le marché et met à jour ses outils en temps réel pour contrer les dernières menaces.

A titre d’exemple, en 2009, Avert Labs (organisme de recherche McAfee) a détecté plus de 7 000 nouveaux programmes malveillants par jour et environ 150 000 nouveaux robots/zombies par jour. Nous ne nous sentons donc pas menacés par le lancement de Microsoft Security Essentials car cet outil ne répond que très partiellement aux besoins des internautes aujourd’hui. »

Laurent Delattre, directeur commercial de Trend Micro

Pour l’éditeur asiatique, la stratégie de Microsoft vise avant tout à se donner une légitimité en matière de sécurité, un domaine où il pâtit encore d’une mauvaise réputation. L’état d’esprit suite au lancement d’un nouvel antivirus gratuit est donc vigilance, mais sans alarmisme.
« Le positionnement de Trend Micro fait que nous offrons une gamme étendue de solutions, et pas seulement sur le poste de travail, et moins encore sur l’ordinateur personnel. Donc, nous ne sommes pas très inquiets.

Je pense qu’aujourd’hui la stratégie de Microsoft de donner l’antivirus n’est pas surprenante. Leur image sécurité, même si cela fait deux ans qu’ils y travaillent, n’est pas tout à fait établie. C’est donc aussi un moyen de pénétrer le marché.

Microsoft a peut-être une réputation qui reste négative en ce qui concerne la sécurité. Et donc même si c’est gratuit, les utilisateurs possédant déjà un antivirus gratuit préféreront sans doute conserver leur existant plutôt que migrer. Après si on prend la ménagère de moins de 50 ans qui n’a pas d’expérience de l’informatique, oui ce logiciel va forcément l’intéresser.

Mais les éditeurs comme Trend ont un autre atout : les partenaires distributeurs. Demain si vous allez à la Fnac, les vendeurs ne vont pas pousser un antivirus gratuit puisque cela ne génère pas de revenus supplémentaires pour eux.

Je peux me tromper, mais je pense que Microsoft expérimente avec la gratuité. Si cela prend, l’éditeur pourrait bien décider de le faire payer. Je ne suis pas inquiet, mais je ne suis pas pour autant naïf. Microsoft est un vrai rouleau-compresseur. Vigilant donc, mais pas alarmiste. »

Thierry Cossavella, directeur général d’Athena Global Services (Eset NOD32)

Chez le distributeur français de l’antivirus Eset NOD32, la circonspection est de rigueur pour le moment, même si le marché grand public visé par Microsoft représente une part importante de l’activité de l’éditeur. La sortie de OneCare avait visiblement suscité une plus vive émotion.
« Je suis moins inquiet qu’il y a trois ans lorsque Microsoft a lancé pour la première fois un antivirus, à savoir OneCare. Cela ne nous avait finalement pas beaucoup impacté à l’époque. Microsoft va probablement prendre avant tout des parts de marché aux autres antivirus gratuits sur le segment grand public. En ce qui concerne les entreprises, je ne crois pas qu’elles soient prêtes à déployer du logiciel gratuit. Elles veulent obligatoirement accéder à un support.

Pour Eset, le grand public c’est 40% environ de son chiffre d’affaires. Mais je ne suis pas persuadé que Microsoft avec son gratuit gagne des clients parmi les utilisateurs des solutions de sécurité payantes. »

Par Christophe Auffray, ZDNet France. Publié le 26 octobre 2009

(Source :zdnet)